Campagne pour D&D : Les Fleurs du Paradis Perdu 30

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EPISODE 1 : REMINISCENCE

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Teasing
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Musique : https://www.youtube.com/watch?v=i7sJYTj2k9o
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Orange sang, l’aurore éternelle du feu du volcan perce à peine l’obscurité du ciel sur lequel ondule la suffocante haleine vomie depuis les profondeurs de la montagne de feu. Les lèvres de la gueule du monstre géologique ne sont que sol calciné d’où s’échappent des milliers de fumerolles transpirées par l’enfer. Le hurlement du volcan est permanent, assourdissant. Au prix d’un effort surhumain pour fournir chacun de leurs pas dans la fournaise, les minuscules et presque indiscernables silhouettes humaines avancent en ligne sur les pierres fondues en plaques et éclats de verre noir, coruscant parfois sous la lueur violente de la lave toute proche. Les unes derrière les autres, sales, épuisées, sans un mot, en des mouvements qui semblent ceux de vieillards, elles atteignent péniblement le bord du lac de feu et de roche liquéfiée, à quelques pas de la lave. Oppressé par la brûlante et méphitique atmosphère, un homme en armure tousse, graillonne, crache ses entrailles, plié en deux. Une fine silhouette féminine recouverte d’une robe blanche souillée par la poussière du volcan marche, avec la grâce irréelle d’un ange en enfer, vers l’homme qui se tord maintenant sur le sol. Calmement, elle se penche sur lui sans un mot, et, de ses doigts fins, enlève délicatement le casque de l’homme. Le solide mercenaire a le visage rougit et gonflé, déformé par la suffocation, il tousse à s’en déchirer la gorge, et vomit du sang.

Dans la fraction d’instant où la titanesque langue de lave vivante jaillit du lac dans un rugissement immonde, mélange du cri du volcan et de celui du dragon rouge, la femme lâche le casque et se redresse en quittant le sol, comme une plume portée par le vent. D’un bond hors des profondeurs du lac de magma, le dragon recouvert de roche en fusion se projette sur la vingtaine d’insignifiantes silhouettes. La vague de lave projetée par la puissante et brutale éjection du monstre s’écrase sur tout le pan de la rive, et décime la petite troupe de mercenaires.

Arth hurle mais aucun son ne sort de sa bouche. Il incline mécaniquement la tête et voit la fumante plaque de magma qui a dévoré ses jambes.

Il cligne lentement des yeux.

Devant lui, au milieu d’un nuage incandescent, deux, ou trois, ou quatre de ses compagnons tentent de fuir en hurlant de terreur. L’un d’eux a le bras broyé.

Il ferme les yeux.

Il ouvre les yeux.
La gueule du dragon ruisselant de magma a fauché les fuyards comme des insectes. La silhouette désarticulée d’un homme au visage arraché entre dans son champ de vision, titube, trébuche, et s’effondre. Les jambes du malheureux vibrent quelques instants, et la vie les quitte.

Il ferme les yeux.

Il ouvre les yeux, et rencontre le regard du dragon, qu’il découvre éborgné d’une ancienne blessure qui l’avait lacéré jusqu’à la joue. Son ½il unique de couleur soufre plonge son regard dans celui d’Arth, et se plisse de haine, de rage et de plaisir mêlés. Arth pense à Eshu, son petit garçon. Tout petit, petit garçon.

Il ferme les yeux.
Le sol de verre volcanique réagit comme la paroi d’un tambour à chacun des pas du monstre qui se rue sur lui.

Il entend une déflagration, un hurlement, la foudre ; et l’enfer qui tombe du ciel. Une voix caverneuse, un cri, issu d’un monde d’avant l’âge des hommes :
— Alb’alcine, vous avez assemblé vint gens de vil’et vénale compagnie à vénéfice fin d’ourdir entreprise de dracocide emmi mien demeigne ! Par devers le mien en-droit d’icelui, je prononce votre forfaiture ! Et grâce de la vie ne vous ai point donnée.
— Cela ne sera pas. Ton règne, sur ce lopin de verre, prend fin ce jour, répond-t-elle au dragon d’une voix autoritaire, monocorde, indifférente.

Arth n’entend plus rien, sinon le rire clair et espiègle de son petit garçon, son tout petit, petit garçon.

La longue nuit le prend, glaciale.

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Désolé pour le vil teasing, le rendre public me donne motivation pour finaliser le document dans la semaine, et vous le livrer dans la foulée. Rendez-vous dans une semaine, donc, pour le scénario. clin d'oeil

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J'oubliais, parce que c'est quand même un vocabulaire bien singulier.

Albe : blanc, blanche.
Alcine :
magicienne, sorcière.
Dracocide :
acte de tuer un dragon ; tueur de dragon.
Vénéfice :
empoisonnement, sorcellerie, sortilège.
Emmi :
au milieu de, au sein de, parmi.

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Ayant tendance à vingt fois sur le métier remettre mon ouvrage, j'ai décidé de vous livrer le scénario par morceaux, sinon, me connaissant, je ne le finirais jamais.

Ainsi donc, premier morceau : couverture, et (longue) introduction qui ne dit pas son nom, et qui, à l'occasion, pourra servir d'aide de jeu, mais cela apparaîtra clairement rapidement, avec l'ambition toujours de finir d'ici six jours maintenant.

Merci à ceux qui auront la patience de me lire de me faire remonter toute correction nécessaire, cela est fait pour cela (je fais plus de fautes que de raison. D'ailleurs, j'ai beau lire mille fois, je ne cesse d'en trouver : première page, hors couverture, bas de première colonne, inversion de "belle" et "plus").

J'espère que cette lecture saura vous plaire. La suite très bientôt.

[édité : voir fin du topic pour version mise à jour]

PS. N'hésitez pas à lire avec la musique en fond proposée (lien cliquable sur le pdf), pour le plaisir au moins. De plus, je ferai la pagination à la fin.

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Salut Jay,

premier avis sur la forme : c'est très joli (couverture, colonnes). Plusieurs fois il y a une virgule avant le "et" qui ne me semble pas nécessaire. Le style, ancien français châtié et formules de politesses à rallonge, est très bon pour la mise dans l'ambiance, cependant il alourdit légérement la lecture, à voir sur la longueur si cela dépasse l'introduction.

sur le fond : difficile puisque c'est juste une intro, cependant tu as piqué ma curiosité sur cette mystérieuse jeune fille devenue une femme de savoir content

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  • Jay
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Ethariel

Bonjour Ethariel.

Merci beaucoup d'avoir pris la peine de lire, et pour ces mots. En effet, la style est spécifique à cette introduction. Les personnages auront peut-être l'occasion, s'ils font une recherche dans ce sens, et fructueuse, au cours du scénario, de pouvoir accès au document, je voulais donc aussi qu'il soit exploitable comme outil à fournir aux joueurs, avec le style de l'auteur. Je me suis posé d'ailleurs la question de savoir si je devais conserver ou pas les s longs dans la retranscription de la lettre de Sybbyl, craignant que cela ne nuise que trop à sa lisibilité.

J'espère que la suite, probablement mercredi (travail aujourd'hui oblige), te plaira tout autant. content

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J'ai failli être en retard, mais non.

Je vous souhaite bonne lecture, et espère que cela vous plaira.

Toute remarque est bienvenue, et attendue.

[édité : voir fin du topic pour version mise à jour]

PS. J'ai mis des photos, par défaut. Peut-être corrigerai-je cela plus tard.

Edit. Coquille des "carpes koï" corrigée, document mis à jour.

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Salut,

la présentation de Sybbyl, de sa folie ou de sa vision du monde (au choix) est intéressante, surtout pour pouvoir interpréter le PNJ (je suppose que les joueurs vont la rencontrer).

Je ne comprends pas la description du combat contre le dragon après l'attaque du carossse. J'ai du mal à comprendre comment cela vient intéragir avec l'intrigue présente et l'apparition des PJ.

Quelques retours sur la forme (en vitesse, donc sans prendre de gant)

répétition proche de "pénétration" pas 4

"rien de ce qu'elle puit lui faire n'a plus", peut-être "n'eut plus" pour un accord de temps ?

"simplement question de poser que tel il est " le "que" en trop ou la tournure à revoir.

répétition de "réellement" juste après.

"il serait qui tiendrait le poignard" : "celui qui" non ?

"Arth pense Eshu, à son petit garçon" : pense à Eshu

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Bonjour Ethariel.

Merci beaucoup pour ta lecture et pour ces retours, je vais corriger.
La description du combat contre le dragon est la séquence d'ouverture, à lire aux joueurs, comme dans un prégénérique, pour produire une contamination sémantique (ainsi qu'est analysé l'effet Koulechov, même si ici ce n'en est pas stricto sensu un, disons que c'est du même genre de procédé). La première scène, celle de l'attaque du carrosse survient juste après. C'est un procédé que j'utilise fréquemment, mais tu as raison, je vais la faire précéder d'une très courte explication à destination du MJ.

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"rien de ce qu'elle puit lui faire n'a plus", peut-être "n'eut plus" pour un accord de temps ?
Ethariel

Oui, c'est très bizarre... Mmmh... voyons "Et rien de ce qu’elle peut lui faire, dès lors, n’a plus la moindre importance"... cela me semble correct, mais il est vrai que cela sonne très étrangement, comme s'il y avait une erreur quelque part. Bizarre, bizarre, ou alors j'ai mon cerveau en vacances et je ne vois pas l'évidence. Je vais creuser ça. Merci pour ton regard aguerri. clin d'oeil

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  • Ethariel
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Jay

C'est parce que tu utilises puit et pas peut et que j'ai pensé que c'était une typo avec pour but d'écrire "put".

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  • Jay
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Ethariel

C'est vrai. Finalement, j'ai corrigé en "peut", c'est bien plus clair, et simple.

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Bon j'arrête là

[édité : voir fin du topic pour version mise à jour]

pour aujourd'hui. Couverture + 7 pages (la dernière ayant été particulièrement éprouvante à écrire, les suivantes le seront moins, ouf).

Attention, le document est devenu interdit aux moins de 16 ans pour cause de scène à langage grossier et à description réaliste d'actes de violence.

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  • Ethariel
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Jay

Ah, de l'action pour les personnages, de l'interaction et des questions sur l'instrument content

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Oui, pardon, j'avais oublié combien je suis très bavard quand je rédige au propre. Entre le nombre de pages de notes et le nombre de pages écrites dans la rédaction au propre de ces notes, il y a un rapport qui est effrayant. Déjà la page 10 finalisée, mon document de travail global en contient déjà 39 ! je me demande si j'arriverai à finir à temps. On verra.

[édité : voir fin du topic pour version mise à jour]

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J'adore le ton des dernières pages.

En tant que MJ je regrette bien sûr que tous les détails qui rendent les PNJ si vivants ne soient pas accessibles aux joueurs. L'exemple de la mèche de cheveux dans le médaillon est l'illustration parfaite de ce que je veux dire. D'un seul coup les gardes sont devenus de vrais personnages à mes yeux, de vraies personnes, avec une vie et un objectif autres que la mission présente. Pourtant il y a bien peu de chance que les PJs ne soient jamais au courant content

Deux typo :

ce qui c’est loin dans une forêt : Il doit manquer un mot, ou alors "ce qui fait loin" ?

et porte à miles ter- restres de distance : Quelle quantité de miles ?

Merci à toi pour le partage

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  • Jay
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Ethariel

Avec plaisir.

Merci pour ton retour et ton regard.
Je n'aime pas que les PNJ ne soient pas aussi des personnes, c'est une chose qui m'importe beaucoup. J'ai d'ailleurs hésité à avoir la même démarche pour les 5 méchants, mais j'ai songé que cela allongerait encore le pavé, je pourrai encore remplir et remplir, mais il faut savoir s'arrêter. Peut-être changerai-je d'avis, à voir.

Tu as raison pour l'accessibilité des informations aux PJ. A la réflexion, la solution est aussi simple qu'évidente : en tant qu'acolyte depuis 2 ans, Isi les connaissait, certains étaient peut-être ses amis. Elle peut très bien savoir pour le pendentif et la mèche de cheveux, et prendre une attention à ce que la défunte repose en paix avec le pendentif contre son coeur, et ce serait l'occasion pour Isi d'expliquer pourquoi si on le lui demande.

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Quelques audaces dans ce nouveau feuillet du feuilleton, en espérant qu'elles sauront vous plaire, ou à défaut, vous étonner.

[édité : voir fin du topic pour version mise à jour]

Je vous souhaite une excellente lecture.

N'hésitez pas à intervenir. Toute remarque est bienvenue.

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La suite de la lecture :

"mais être traitée comme une enfant dans la si jolie dame" : Malgré ses désirs, je pense que c'est devant.

La rencontre est fort intéressante, les devenirs des PNJ également. Malheureusement il sera difficile d'en faire part aux joueurs et (imho) cela prends beaucoup de place pour peu d'imapct en jeu. Au final je prends énormément de plaisir à lire le scénario comme je lirai une nouvelle.

(Pas encore lu le début de l'acte II)

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C'est corrigé, merci !

Je comprends parfaitement ta remarque. L'enjeu pour moi, dans le choix que je fais, est multiple.

Une action de diffusion par capillarité : en parlant des PNJ ainsi, j'espère aider au mieux le MJ à les jouer plus facilement, que ce soit pendant quinze minutes si les joueurs ne sont pas intéressés par la rencontre, comme pendant 3 heures, s'ils se posent pour discuter tranquillement. En somme, j'essaie de distribuer autant de billes possibles pour que l'interprétation "coule de source".

De plus, la rencontre n'est en rien, pour moi, gratuite : un peu comme ce qu'explique Tanizaki dans la citation page 4, ils agissent comme contraste (d'où le titre de l'acte, au passage), j'ai essayé de montrer tous ces petits riens qui sont pourtant la substance même de la vie, de la nôtre, de la leur, et auxquels, nous le verrons plus tard, Sybbyl est étrangère, ou plus précisément qui se sont refusés à Sybbyl. En somme, j'essaie de montrer la lumière douce pour mieux faire apparaître l'épaisseur de l'ombre du trou noir (et inversement, la beauté de la lumière douce des petits riens quand elle est mise en regard à l'épaisseur de l'ombre du néant). Montrer tout ce qu'elle n'est pas, afin que cette béance soit encore plus manifeste.

Je ne sais pas si je suis clair, pardon.

Et merci pour le si joli compliment. content

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  • Ethariel
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Jay

Si, si très clair, je vois où tu veux en venir.

Cela mériterait presque un paragraphe pour le MJ, pour qu'il soit conscient de cela et qu'il installe l'ambiance en ce sens.

Du coup je comprends mieux l'articulation de certaines scènes.