Bloody Marie dispo + interview 27/05/2011

Aujourd'hui sort dans toutes les bonnes librairies hexagonales Bloody Marie, le roman inédit de space opera pirate de Jacques Martel. A cet occasion, nous vous présentons une petite interview d'un auteur influencé par de célèbres univers de jeux de rôle, comme Glorantha (Runequest) ou Greyhawk (D&D).

Rectification : Notez que Jacques Martel sera à l'espace culturel Leclerc de Mimizan (40) le samedi 18 juin pour dédicacer Bloody Marie.

Interview Jacques Martel

"...l’effet pervers de l’influence du jeu de rôle peut être l’apparition d’un univers "mainfantasystream" dans lequel seront placés des tonnes de romans, sans qu’il ne soit plus nécessaire de décrire quoi que ce soit."

BBE : Avant d’entamer la rédaction d’un texte, as-tu une idée précise des structures narratives, des personnages, de leur nature, de leur évolution, de leurs relations, ou te laisses-tu entraîner au fil de l’écriture ?

JM : Au départ, j’ai souvent une image, une scène, qui amène tout de suite certains personnages et une ambiance générale. De ces personnages, vient la fin. Ensuite, je tisse une trame grossière qui mène à cette fin. L’ambiance, les personnages, l’univers doivent être cohérents et rendre crédibles les événements, les enjeux, les motivations des personnages. Quant à ces derniers, les principaux, ceux du début et de la fin, s’ils sont définis au départ, leurs caractères s’affinent, comme une sculpture ou une peinture qui évolue, au fur et à mesure de l’écriture de l’intrigue, des rencontres avec d’autres personnages, des influences de l’univers dans lequel ils évoluent, des situations, etc. Ce qui occasionne maints retours en arrière et réécritures de certains passages pour conserver une cohérence, ou renforcer certains traits qui justifieront une réaction future.

BBE : Comment le jeu de rôle influence-t-il la manière dont tu crées tes univers, tes intrigues ? Est-ce que selon toi l’influence du jeu de rôle a un effet uniformisant sur les genres de l’imaginaire, ou alors singularisant ?

JM : Les années de maître de jeu sur un univers, avec les personnages qui vieillissaient, dont les actions, lorsqu’elles avaient une influence sur le monde, ou les gens, étaient prises en compte pour la suite et pouvaient modifier durablement la région occupée par les personnages, m’ont appris à essayer de toujours conserver une cohérence, une logique, une ambiance qui fasse que les choses soient crédibles, justifiées, que les joueurs puissent se douter à l’avance des réactions du monde face à eux ; comme dans la vie... Je ne supporte pas le « twist » final qui sauve tout le monde, avec une tripotée d’explications qui expliquent l’inexplicable que nul indice ne laissait supposer.
Je pense que l’effet pervers de l’influence du jeu de rôle peut être l’apparition d’un univers "mainfantasystream" dans lequel seront placés des tonnes de romans, sans qu’il ne soit plus nécessaire de décrire quoi que ce soit. L’auteur écrira « un elfe » et le lecteur saura qu’il vit dans les bois (ou dans les cavernnnnnes s’il est Drow), idem pour le nain qui ne vit que dans les cavernes, n’aime pas trop les elfes, mais bon, fait avec car ils sont de grands guerriers, et il respecte les guerriers, etc. Je n’en dirai pas plus pour ne pas me répéter (voir la série des interviews que Mythologica.net avait faites sur le sujet de l’avenir de la fanasy, auprès de nombreux auteurs).

BBE : À ton avis, qu’est-ce qui distingue l’univers de Bloody Marie de tout autre monde science-fictif plus habituel ?

JM : Ce n’est peut-être pas tant l’univers qui est différent, je ne dois pas être le premier à mettre en place une sorte de space post-apo’pera, que l’angle de vue des événements et le côté « physique », ressenti, de la technologie.
Tout est vu depuis le côté des pirates, dont on ne quitte jamais la proximité ; la perception de l’univers, des gouvernements, des autorités en place, des règles, se fait au travers des yeux des Loups du Vide, révoltés et exclus, avec comme conséquence un monde décrit au travers de ses défauts et de ses injustices. Le narrateur (l’un des personnages du roman écrit à la première personne) glisse au fil du récit sa propre perception de la vie des Gueux du Vide et le tout est (j’espère) composé d’une multitude de petites touches complémentaires. À côté de cela, la partie technologique, les vaisseaux, les systèmes de support de vie, les armes, le vide, sont ressentis « physiquement » par les protagonistes. Les odeurs, les vibrations, la poussière, sont présentes à chaque instant et font partie intégrante du mode de vie à bord des vaisseaux. Pour moi, dont la profession est liée à l’installation d’usines, à l’ingenieering, aux chantiers, tout cela est indissociable du mot machine ou technique. Quand on a ressenti une fois le sol trembler à trente mètres sous les engins de chantier, ou un bâtiment se mettre à vibrer lors du lancement d’une batterie de turbocompresseurs de cinq mètres de long, on ne peut plus imaginer un vaisseau silencieux… Et la brochette de personnalités et de grandes gueules (au demeurant, pour la grande majorité, très sympathiques) présentes dans ces milieux est une source inépuisable d’inspiration…
Également, dans mon univers règne un certain pragmatisme, un goût pour les choses simples, efficaces, auxquelles la technique, les avancées technologiques n’apportent rien de réellement neuf, donc autant s’en tenir aux bonnes vieilles choses fiables et auto-suffisantes, comme le couteau pour faire des trous dans les gens, ou le bon vieux livre papier pour conserver des informations.

BBE : Un cliché bien connu réduit les littératures de l’imaginaire à des genres d’évasion, qui « fuient » le réel. Qu’en penses-tu ?

JM : On ne peut être catégorique pour ce genre de choses ; cela dépend des textes et des volontés des auteurs. Je vais prendre des exemples de romans que j’aime pour qu’il n’y ait pas de quiproquos. Un monde magique de Jack Vance n’est en rien rattaché au réel et cela ne lui retire rien, c’est un excellent roman, qui ne fuit rien, qui est simplement de l’Imaginaire pur. La Zone du dehors d’Alain Damasio, traite de sujets qui peuvent être en rapport avec notre société, et c’est un excellent roman de SF. Planète à louer de Yoss nous renvoie directement à la situation de la population de la Havane par le truchement de la SF, et c’est aussi un excellent roman. Donc, on peut trouver de tout dans les littératures de l’imaginaire, et avec de la qualité, comme dans les autres genres littéraires d’ailleurs. Pour en revenir à ta question, on peut donc dire que je ne suis pas d’accord avec ce cliché.

BBE : Dans tes romans, le rapport au passé est particulier : que ce soit celui des personnages, véritable « poids » qui les accable malgré tous leurs efforts pour s’en détacher, ou celui du monde, comme si l’Histoire était condamnée à se répéter, pourquoi semble-t-il être le point de départ d’un chemin dont il est impossible de s’écarter ?

JM : C’est vrai que le passé est important. Il définit (pour les bons et les mauvais côtés) le cadre dans lequel nous naissons et vivons, les coutumes et les façons de penser qui nous entourent, et cela est vrai sous toutes les latitudes.
Le passé vous définit également par rapport aux autres, via ce qu’ils ont entendu dire de vous. La première perception qu’ils auront de votre personne sera en partie orientée par ce « passé », ou réputation, s’il est parvenu à leurs oreilles.
Notre propre passé, qui comprend l’ensemble des choses que nous avons faites (ou n’avons pas faites), que nous avons subies, que nous ont apportées les autres, définit également ce que nous sommes à cette heure. Mais là, nous retombons sur la question du déterminisme, et tout est toujours possible, rien n’est jamais figé.
Je ne pense pas qu’il soit impossible de s’écarter de la répétition de l’Histoire, c’est seulement assez difficile, car l’homme reste l’homme et n’a pas beaucoup changé depuis l’Antiquité ; Il suffit pour s’en convaincre de lire les anciens penseurs, ou plus léger mais tout aussi instructif, L’Art d’aimer d’Ovide, ou comment séduire les femmes durant l’Antiquité (les mariées, sinon il n’y a pas de sport). Et dans ce dernier on constate que la mauvaise foi, la tromperie, la flatterie, les ruses diverses et variées, n’ont pas évolué d’un iota en deux mille ans. (Mesdemoiselles, vous en apprendrez plus dans L’Art d’aimer sur les loups qui rodent que dans n’importe quel « magazine féminin ». Et messieurs, cela vous permettra d’éviter l’achat du fléau des « magazines masculins ».) Donc, pour en revenir à la question, c’est pas gagné-gagné, mais patience, avec un peu de bonne volonté, on va y arriver…

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